
La garde à vue est une mesure de contrainte décidée par un officier de police judiciaire (OPJ). Elle permet de retenir une personne soupçonnée d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction d’une certaine gravité. Il s’agit d’une mesure essentielle dans le cadre d’une enquête pénale, quasiment incontournable. Comprendre ses étapes et son déroulement vous aidera donc appréhender aux mieux cette situation souvent délicate.
La garde à vue est décidée lorsqu’il existe des raisons plausibles de soupçonner qu’une personne a commis ou tenté de commettre une infraction punie par une peine d’emprisonnement (art. 62-2, 77 et 154 du code de procédure pénale).
Conformément à l’article 62-2, du code de procédure pénale (CPP), la garde à vue doit constituer « l’unique moyen » de parvenir à l’un des objectifs suivants :
La personne placée en garde à vue doit immédiatement être informée de ses droits, par un OPJ (art. 63-1 du CPP).
Voici les principaux droits garantis :
Vous avez le droit de consulter un avocat dès le début de la garde à vue. Cet entretien, qui peut durer jusqu’à 30 minutes. Un autre entretien sera possible à chaque prolongation de la garde à vue (art. 63-4 du CPP).
Il s’agit d’une étape essentielle car c’est lors de cet entretien que vous pourrez préparer vos auditions avec votre avocat. L’avocat vous conseillera sur la conduite à tenir (par ex. : opportunité de garder le silence, répondre aux questions ou faire des déclarations spontanées). A l’issue de cet entretien, selon ce que vous aurez pu confier à votre avocat, il pourra également formuler des observations afin que l’attention de l’OPJ et/ou du magistrat soit attirée sur certains éléments de l’affaire ou d’éventuels difficultés qui auraient pu intervenir lors de la mesure de garde à vue.
L’importance de l’entretien avec l’avocat a été réaffirmée par la Cour de cassation. Dans sa décision du 21 octobre 2015, la haute juridiction a ainsi annulé plusieurs procédures où ce droit n’avait pas été respecté.
Durant la garde à vue, il est courant que les forces de l’ordre procèdent à la prise d’empreintes digitales et de photographies pour l’identité judiciaire (art. 55-1 du CPP). Cette étape est essentielle pour l’identification et la vérification des antécédents judiciaires de la personne gardée à vue.
Le code de procédure pénale n’impartit pas de délais particuliers aux enquêteurs pour procéder à l’identification judiciaire. La prise des empreintes digitales pourra donc se faire indifféremment en début ou au milieu de la mesure. De même, les textes ne prévoient pas que l’avocat soit présent à cette étape.
Un examen médical peut être demandé à tout moment par la personne gardée à vue. Cet examen doit en effet permettre de vérifier que son état de santé est compatible avec la mesure garde à vue (article 63-3 du CPP). Cet examen pourra d’ailleurs être renouvelé afin de s’assurer qu’en cas d’évolution de l’état de santé de la personne, la mesure soit toujours compatible.
Durant la garde à vue, la personne gardée à vue sera entendue afin que les enquêteurs puissent recueillir ses déclarations concernant les faits qui lui sont reprochés. Il pourra ainsi être organisé une voire plusieurs auditions, selon les nécessités de l’enquête.
Ces auditions doivent se dérouler dans le respect des droits du mis en cause.
Il s’agit d’une étape essentielle qui souvent déterminera l’issue de votre garde à vue.
L’assistance d’un avocat lors de vos auditions se révélera donc cruciale, non seulement pour faire respecter vos droits – mais également pour vous conseiller sur la conduite à adopter.
La durée maximale initiale de la garde à vue est de 24 heures. Cependant la mesure peut être prolongée de 24 heures supplémentaires, selon les nécessités de l’enquête.
De même, s’agissant des cas les plus graves, la mesure pourra être prolongée au-delà de 24 heures.
En revanche, aucune mesure de garde à vue ne pourra excéder les durées prévues par le code de procédure pénale.
Enfin, toute prolongation éventuellement ordonnée/autorisée par le procureur de la République devra être précisément justifiée. A titre d’illustration, la Cour de cassation a ainsi annulé des prolongations de garde à vue insuffisamment motivées (Cour de cassation, Chambre criminelle, 4 novembre 2015).
La garde à vue peut prendre fin dans deux hypothèses :
Selon les cas, le procureur décidera des suites à la mesure de garde à vue. Elles sont multiples.
Il s’agit de l’hypothèse dans laquelle les éléments recueillis au cours de l’enquête justifient la poursuite la personne devant juridiction pénale. En d’autres termes, le procureur de la République estime qu’il existe contre la personne mise en cause des charges suffisantes d’avoir commis les faits reprochés. On parle alors de « déferrement » lorsqu’à l’issue de sa garde à vue, la personne est présentée à un magistrat. Le procureur de la République disposera de plusieurs alternatives :
Lorsque les faits sont de faible gravité, le procureur de la République peut opter pour une procédure simplifiée et rapide, sans procès telle la médiation pénale, l’avertissement pénal probatoire (anciennement, « le rappel à la loi ») ou encore la composition pénale (v. : La composition pénale : Définition, déroulement et enjeux).
Même si les textes n’imposent pas l’assistance d’un avocat pendant la mesure de garde à vue (sauf pour les personnes mineures), l’avocat joue néanmoins un rôle crucial :
Bénéficier de l’assistance d’un avocat dès le début de la mesure de garde à vue maximisera donc vos chances d’obtenir une orientation favorable de votre dossier à l’issue de votre garde à vue.
De même, les observations que fera votre avocat seront susceptibles d’être déterminantes pour la suite de la procédure en cas de déferrement.